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  • reproduction d’André Even par Faïenceries HB Henriot
  • reproduction d’André Even par Faïenceries HB Henriot

André Even

André EVEN (1918 – 1996), l’enfant du pays

Après une existence mouvementée loin du pays, il revient dans les années 1950 et décore de fresques les églises de Névez, Concarneau et Lorient et peint une crucifixion dédicacée à sa paroisse natale dans l’église paroissiale de Pont-Aven. Puis il abandonne la peinture religieuse pour se consacrer aux berges de l’Aven et du Bélon et aux paysages champêtres de son enfance. La fresque en céramique, réalisé par la faïencerie HB Henriot qui décore l’ancienne gare de Pont-Aven nous livre donc un autre aspect de son talent.

Un des seuls peintres nés à Pont-Aven

Né à la fin de la première guerre mondiale (1918), d’une famille de meuniers établis commerçants, André Even passe son enfance dans l’alimentation de ses parents, devenue aujourd’hui : les Galeries « Neyb » et « Perspectives » dans la rue du Général de Gaulle. La découverte de la peinture se fait naturellement par des rencontres fortuites avec les artistes en séjour à Pont-Aven et par les récits de son père à propos de ces drôles de clients qui viennent régulièrement au magasin : E. Bernard, E. Jourdan, H. Delavallée… Dans les années 1920, plus qu’aucune commune rurale proche, Pont-Aven mêle les activités : le tourisme saisonnier, le travail des champs et les usines de conserverie alimentées en électricité par une turbine hydro motrice (une des premières mise en place dans la région). Ces mondes se côtoyant enrichissent considérablement l’imaginaire du jeune André.

Sa scolarité suit un parcours saccadé : école communale de Pont-Aven, école Sainte-Croix de Quimperlé, école Saint-Gabriel de Pont-l’Abbé ; puis à 16 ans il s’engage, fait l’école de mécanicien de la Marine de Lorient et enfin l’école de mécanicien de l’aéronavale de Rochefort.

Sa mobilisation

A la fin de sa formation militaire survient un évènement considérable : la déclaration de guerre de 1939. Le jeune militaire attaché à la base d’hydravions de Hourtain est affecté sur une vedette de lance-torpilles à Cherbourg. A partir de là commence une rocambolesque aventure. Ecoutons le récit burlesque de « sa guerre » tel que nous l’a confié André Even : « Avec le lance-torpilles, fuite vers l’Angleterre. Ne voulant pas être volontaire du Général, je suis transporté dans un bateau anglais vers Casablanca. Pendant la traversée survient le drame de Mers-el-Kébir. A l’arrivée à Casablanca la Marine nationale, restée fidèle à Vichy, pointe ses canons sur le bateau anglais croyant au débarquement du Général De Gaulle. Le drame est évité et nous sommes transférés de Casablanca à Bizerte en Tunisie puis à Carouba, base aéronavale sous protection italienne ? Après six mois je suis démobilisé à Toulon » ; Cette guerre donnera une direction définitive à sa vie ; en effet dès les premières attaques allemandes à Cherbourg, sur le point de fuir vers l’Angleterre et de partager pendant cinq ans le sort de son unité. Il est le témoin, dit-il, de la destruction de la ville. Pris d’une terrible peur, il fait le vœu, s’il survit, de devenir missionnaire.

Après la démobilisation, il séjourne à Langonnet chez les pères du Saint-Esprit puis il part à Mortain rejoindre Monseigneur Lefèbvre (fondateur du mouvement intégriste français) auprès duquel il passera un an. Constatant sa passion pour le dessin celui-ci lui « ordonne » de suivre sa vocation d’artiste.

Sa formation artistique

Il s’inscrit aux Beaux-Arts de Paris, au cours de Souverbie, puis entre dans l’atelier de Maurice Denis. Très rapidement il est embauché par le Ministère des Bâtiments et Monuments Historiques qui doit faire face à la restauration de nombreux monuments endommagés pendant la guerre. Chargé de restauration il se familiarisera avec les techniques de la peinture ancienne et les secrets de la fresque : il participera à la restauration des tableaux des églises de Caen, des peintures murales du XIV° siècle de la salle capitulaire de la cathédrale de Bayeux et de la coupole de l’église de Juay Mondaye dans le Calvados. Ces années d’après-guerre sont les années d’apprentissage. Il étudiera la technique de la peinture, les règles de composition et se forgera une vision.

Sa carrière

Au début des années 1950 il décide de son retour en Bretagne et doit faire face à ses premières commandes : le curé de Névez lui demande de réaliser une peinture murale pour l’église autour du thème de la crucifixion. Lors de l’inauguration il rencontre le curé de Concarneau, l’abbé Philippe, et ensemble, ils décident de concevoir une fresque de 300 m2 pour l’église de Sainte-Coeur de Marie qui sera réalisée en collaboration avec J-M. Martin. Cette fresque montre les épisodes de la vie de Marie, la nativité et la mise au tombeau. Le grand évènement de ses premières œuvres, vécu comme un drame capital par A. Even est que ses deux réalisations ont été détruites : la première par la volonté de l’abbé Premel qui l’effacera en 1972 et la deuxième qui disparaîtra lors de la destruction de l’église de Concarneau en 1994.

Dans ce début de carrière il réalisera également à l’église Jeanne d’Arc de Lorient une fresque : L’apparition de Saint-Michel à Jeanne d’Arc. La première moitié de sa vie de peintre est consacrée à la peinture religieuse ; citons les panneaux entourant le cœur de l’église de Roclenge sur Geer en Belgique et une crucifixion dédicacée à sa paroisse natale.

A partir de 1955, il se fixe à Paris dans un atelier d’artiste perché sur la cime d’un immeuble en briques rouges témoins d’une architecture sociale d’avant-guerre qui occupe la périphérie de la grande ville. Emigré à Paris, il se concentre sur une peinture qu’il nomme lui-même « civile » autour de thèmes paysagers : soit le paysage urbain de Paris, soit le paysage champêtre de son enfance à Pont-Aven. Ce paysage synthétique de plus en plus épuré le « Chant des champs » en hommage à ses ancêtres meuniers, à son passé de terrien deviendra le décor pictural qui le fera connaître et aimer. On y voit des champs en friche, des maisons bretonnes groupées autour du clocher avec la ligne d’horizon découpant un ciel immense, un damier de terres cultivées, des prés et leurs talus, des surfaces de terres larges bien délimitées.

La composition est rigoureuse, ordonnancée par des proportions calculées grâce au nombre d’or qui apporte une harmonie sur l’ensemble. Les effets de perspective ou réalistes sont inexistants, la peinture se situe entre une peinture primitive flamande et italienne (il nous dit son amour pour les peintres primitifs du quattrocento) et une peinture contemporaine où le motif est un prétexte pour un travail ultérieur de création en atelier. Les sujets répétitifs du peintre sont déclinés avec des dominantes colorées différentes : verte, jaune, rouge.

Toute une pensée sur la peinture se cristallise autour de ces expériences picturales qui le place bien dans une réflexion artistique partagée par ses contemporains. André Even accordera toujours une grande importance à la fabrication de sa peinture à la manière d’un artisan et mettra au point une technique unique, une matière à base de cire vierge et de pigments colorés qui constitue aujourd’hui une des grandes originalités de son œuvre.

Retour au pays

Après vingt ans à Paris, il reviendra dans sa ville. A l’occasion d’une commande de la Marine nationale en 1972 pour la mise en oeuvre dans la base de l’Ile Longue, d’une fresque murale, il décide alors de se fixer définitivement à Pont-Aven. Les années 1970 sont marquées par les rencontres avec les artistes y séjournant. Pendant ces années, il achète et restaure des bâtiments dans le village de Lijou qui deviendront son habitation et son atelier. Le retour devient également la moment d’une réflexion sur son œuvre et sa filiation. Il aime à se rappeler sa visite au docteur Gachet en 1955 et la découverte qui le marquera à jamais, des œuvres de Cézanne, Van Gogh, Daubigny lui révélant la peinture comme l’expression d’autre chose bien au delà de la représentation formelle.

« Ce petit autre chose d’humanité », d’hommage à sa terre et à son pays, A. Even l’offre quotidiennement dans ses toiles et plus récemment dans la fresque en céramique, familière à chacun de nous, qui orne le mur de l’ancienne gare de Pont-Aven.

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