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Les Abbés Tanguy

Les Abbés TANGUY, prêtre et vicaire de Pont-Aven résistants

Rue des Abbés Tanguy, Collège des Abbés Tanguy : pour les jeunes générations et les nouveaux habitants de Pont-Aven, les Abbés Tanguy ne sont que deux noms qui n’évoquent chez eux aucun souvenir.
Sans lien de parenté malgré leur patronyme, Joseph Tanguy est arrivé à Pont-Aven comme recteur en 1926 et Francis Tanguy comme le vicaire en 1937. Ils furent arrêtés le 3 janvier 1944 pour avoir accueilli et hébergé deux aviateurs militaires américains descendus en parachute de leur avion en perdition.

Joseph Tanguy

Le Recteur, l’abbé Joseph Tanguy, est né le 8 juillet 1882 à Morlaix. Son père, employé de la Manufacture des Tabacs est un catholique convaincu, Président de la Société de Secours Mutuel de Sainte Anne, en marge du mouvement syndical. Sa mère est femme au foyer. Seul garçon et dernier enfant après deux sœurs, il fréquente l’Ecole des Frères de Jean-Marie Lamennais. De 1893 à 1900, il est pensionnaire au collège du Kreisker de St-Pol-De-Léon. Il est l’un des meilleurs élèves de ce collège qui fut une pépinière de brillants sujets. Quelles que soient les matières, il réussit sans trop se donner de peine et devient un des animateurs de sa classe. Après son baccalauréat et sans aucune hésitation, il décide d’entrer au séminaire et ses parents approuvent son choix.

Brillant élève, il se passionne pour la philosophie. Avec d’autres prêtres, il s’intéresse au Sillon, mouvement voulant impliquer l’Eglise dans le domaine social. Il complète enfin sa formation par l’étude de la théologie. En 1904, les professeurs du séminaire le choisissent pour un cycle d’études à Rome où il obtient en 1907 le titre de Docteur en Théologie. Durant l’été 1905, il revint à Quimper pour y être ordonné prêtre le 24 juillet.

En 1907, il est nommé vicaire à la paroisse Notre-Dame du Mont Carmel de Brest. Il n’y reste qu’un an car en 1908, il est nommé professeur de philosophie au Grand Séminaire de Quimper. Il forme aussi les futurs prêtres au chant grégorien car il a fait de nombreux séjours à Solesmes et, de plus, il est aussi directeur spirituel d’un groupe de séminaristes.

Réformé une première fois en 1914 à cause d’une malformation du dos, il est incorporé en 1915 et devient aumônier des Pupilles de la Marine, tout en conservant ses fonctions de vicaire à la paroisse St-Louis de Brest et, deux jours par semaine, il remplace au Kreisker le professeur de philosophie parti au front.

Intelligence brillante, bagage universitaire solide, l’abbé Joseph Tanguy aurait pu briguer de hautes fonctions dans la hiérarchie diocésaine mais en 1926, il demande une petite paroisse pour assurer à son père veuf une vieillesse paisible. Derrière ce prétexte, il y a sans doute aussi son esprit d’indépendance et son rejet des contraintes. L’abbé Cariou, de Gouesnach, qui l’a eu comme examinateur au séminaire dit de lui : « c’était un penseur, un artiste, un poète ». Il a toujours fait passer l’échange, la discussion, le débat avec tous avant l’exactitude, la ponctualité, la discipline, qualités que la hiérarchie ecclésiastique appréciait.
Le Supérieur du Grand Séminaire le présente ainsi à ses nouveaux paroissiens : "Votre nouveau recteur est tout coeur. Les pauvres, les malades, les enfants, tous dans la paroisse auront en lui un père, un père que vous aimerez dès que vous le connaîtrez".

Nommé à Pont-Aven en 1926, il fait rapidement la conquête de ses paroissiens. Son sourire lumineux, sa grande bonté font oublier ses soutanes rapiécées, son col de travers et sa grande distraction. Son père meurt à Pont-Aven en 1934.

En 1937, il accueille son nouveau vicaire, l’abbé Francis Tanguy. Même nom, même origine morlaisienne, mêmes études secondaires au Kreisker mais aucun lien de parenté.

Francis Tanguy

Né à Morlaix le 30 avril 1896, l’abbé Francis Tanguy, ordonné prêtre en 1922, enseigne les mathématiques au Kreisker jusqu’à son arrivée à Pont-Aven en septembre 1937. Il a été l’élève de son nouveau recteur au séminaire. Sa personnalité calme, organisée, ponctuelle, méthodique, offre un grand contraste avec celle de son Recteur, les qualités de chacun se complétant remarquablement.

Actions communes à Pont-Aven
Les deux pasteurs ont toujours été très proches des jeunes et attentifs à leurs besoins.

Nombreux sont les jeunes gens qu’ils ont dépannés dans leurs études par des cours gratuits, un soutien financier et suivi dans leurs activités de loisirs (patronage). Le patronage de l’époque était situé en haut de la rue du Bois d’Amour (actuellement, Place Emile Cueff, Hofgeismar Platz) : fanfare, séances récréatives, concerts ... "C’est pour vous le meilleur moyen de les prémunir des dangers de la rue ... et de les entretenir dans l’esprit de la piété et d’apostolat" (extrait du prône du 04/08/1929).

L’abbé Joseph Tanguy portait un vif intérêt à l’Institution St Guénolé, école de filles, tenue par la Congrégation des Filles du St Esprit. Un des bâtiments a été construit sous le rectorat de l’Abbé Joseph Tanguy et béni le dimanche 22 octobre 1933. Il répétait régulièrement "Mon école libre est le joyau de ma paroisse".

Il désirait ardemment créer une école catholique de garçons à Pont-Aven, voeu qui fut exaucé en 1946.
Le 15 janvier 1946, l’Abbé Jean Daré, recteur à Pont-Aven, demandait à l’évéché l’autorisation de faire un emprunt pour l’acquisition de la propriété Parc Moor en vente depuis plusieurs années, à l’extrémité du port de Pont-Aven. Compte-tenu de la vocation future de la propriété, le propriétaire avait considérablement baissé son prix. Elle fut donnée à l’unanimité et signifiée par Monseigneur Yves-Marie Duparc. Pont-Aven aurait enfin son école libre de garçons. Le 9 juin 1946 paraissait au Journal Officiel l’annonce de création de l’école. Celle-ci fut inaugurée le lendemain de la cérémonie aux monuments dédiés aux Abbés, le 3 novembre 1946.

Le voeu le plus cher des Abbés Tanguy était enfin exaucé. L’école Parc Moor, Les Abbés Tanguy était née.

Pendant la guerre.
Dès 1940, le Recteur ne cache pas son opposition à Pétain. Il proclame « De Gaulle c’est la France et la France c’est De Gaulle », opinion très minoritaire dans l’Eglise de France à cette époque. Il reçoit et aide les réfugiés, comme il a reçu en 1936 les réfugiés espagnols, sans jamais faire de distinction selon leurs opinions. A Pont-Aven, il est entièrement et toujours disponible pour ses paroissiens. « Tu es dans le besoin, tu es mon frère, viens, prends ce qu’il te faut », il aurait pu faire sienne cette devis d’Ozanam. Il n’accepte pas la collaboration du gouvernement de Vichy avec l’occupant. Toutes les occasions sont bonnes : prêches, offices religieux, conversations privées, pour la dénoncer. Il visite les maisons des jeunes gens appelés au Service du Travail Obligatoire, les persuadant de se cacher pour y échapper. A l’occasion de certaines fêtes religieuses : Sainte Jeanne d’Arc, Saint Georges (Saint patron du roi d’Angleterre), l’église de Pont-Aven est trop petite pour accueillir la population venue écouter son recteur. Il va même jusqu’à modifier un cantique pour lui donner une signification patriotique et n’écoute pas les conseils de prudence de ses amis.

Aussi, il n’est pas surprenant que des personnes ayant recueilli des aviateurs américains abattus lors d’un combat aérien au dessus de Bannalec le 31 décembre 1943, pensent au presbytère de Pont-Aven pour les faire échapper aux recherches des Allemands. James Quinn arrive le premier janvier à Pont-Aven. Le 2 janvier, le second aviateur, Rollin Gate arrive à son tour, accompagné d’une personne qui demandera à l’Abbé Tanguy de les garder deux jours…le temps de les dénoncer, contre argent, aux Allemands.

Madame Gilles, gouvernante des abbés, absente au moment de leur arrestation se précipite chez leur très grand ami, M. Le Dérout, pour le prévenir. Tous deux croiseront les abbés encadrés par les soldats allemands et M. Le Recteur dira à ce dernier : « Je leur parlerai le langage de l’honneur. » De l’Hôtel Julia ils sont transférés à l’école Saint Charles de Kerfeunteun transformée en lieu de détention. L’abbé Joseph Tanguy, dès son arrestation, essaie de convaincre les Allemands que son vicaire est hors de cause mais celui-ci insistera pour le suivre. Le recteur, interrogé à trois reprises par les Allemands, récusera la présence d’un avocat. Il écrira un plaidoyer où il plaide coupable : « J’ai agi en homme d’honneur et en bon Français… Livrer les aviateurs américains aux autorités occupantes eut constitué de ma part un acte d’hostilité injustifiée contre l’armée des Etats-Unis… Dans cette guerre, vous êtes nos ennemis… Mon vicaire, du moins, ayez l’humanité de le libérer immédiatement, il est presque mon enfant. C’est moi qui ai accordé, chez moi, l’hospitalité à ces fugitifs. Pouvait-il dénoncer son chef et son père ? »

Le 27 mars 1944, les abbés quittent Quimper pour le camp de Compiègne où, en arrivant, le Recteur se présente : « Salut les gars, ici le Recteur de Pont-Aven, arrêté pour avoir hébergé des parachutistes et dénoncé par un salaud » (paroles transmises par un Officier de la Légion, témoin de cette arrivée). Leur convoi quitte Compiègne le 27 avril pour Auschwitz. Comme tous les déportés, ils subissent toutes les humiliations, toutes les violences des tortionnaires, celles-ci souvent plus odieuses à leur égard, vu leur qualité d’ecclésiastiques. Tous les deux se révèleront représentants authentiques de l’Eglise des premiers temps ; les survivants de ces enfers témoigneront de leur abnégation, de leur charité et de leur foi. Dans les pires circonstances, ils gardent une force indéfectible qu’ils transmettent à leurs compagnons et Pont-Aven reste la petite lueur dans l’horreur de chaque jour.

L’abbé Joseph Tanguy laissant sa place à l’intérieur du baraquement pour un père de famille, s’installe près de la porte où il prend froid. C’est malade qu’il est transféré à Buchenwald, accompagné de son vicaire pour y mourir d’une pneumonie quinze jours après son arrivée au camp. Ce dernier, qui n’a pu l’assister, part pour Flossenburg, camp où les déportés travaillent dans les carrières. Le bloc 22/23 où se retrouve l’abbé Francis Tanguy est le plus terrible car y sévit le bourreau Walter Paul. Ce dernier s’acharnera sur le pauvre vicaire, affaibli par une furonculose et une blessure au bras infligée par ce tortionnaire qui finalement le tuera, en septembre 1944, en le battant à mort avec l’aide du kapo des carrières.

Hommage postume

En août 1944, le bruit de la mort du recteur circule à Pont-Aven. Celle-ci sera confirmée par un article de Rémy Roure, compagnon de Buchenwald, paru dans le Monde en avril 1945. Le 3 mai 1945 sera jour de deuil pour tout Pont-Aven où la mort du vicaire ne sera connue que fin mai.

M. Le Dérout, grand ami de l’abbé Joseph Tanguy, prend la tête du comité qui se charge de l’édification d’un monument à la mémoire des deux prêtres qui fut inauguré le 3 novembre 1946 en présence de Monseigneur Cogneau.

Depuis Buchenwald, l’abbé Joseph Tanguy écrivait "Avec mes maigres économies j’avais acheté une tombe. J’espérais reposer au milieu de mes paroissiens. C’est une des grandes peines de ma vie de penser que cela ne sera pas".

Un vitrail de Job Guével leur est dédié à l’entrée de l’église paroissiale

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